Différenciation par l’origine. Valorisation des territoires
Les Assises de l’Origine
sont organisées par :

 

Compte Rendu

Dominique Graciet, Président de la Chambre Régionale d’Agriculture Aquitaine, a restitué ces douzièmes assises dans leur contexte.

 

« Nous sommes face à un monde mouvant, et notre agriculture doit répondre à ses incertitudes.

En Aquitaine, depuis de nombreuses années nous avons développés un modèle agricole s’appuyant fortement sur la mise en œuvre de filières de qualité et d’origine, avec l’objectif de renforcer la valeur de nos productions, de les localiser en Aquitaine, de les exporter hors région et de maintenir un fort taux d’emploi agricole. Cette stratégie a réussi au regard des résultats de nombreuses filières.

Il me semble que l’on observe cependant un essoufflement de l’attractivité des consommateurs pour ces produits ; sans doute pour les raisons évoquées précédemment, mais aussi car les productions « standards » ont à la fois progressé et fortement communiqué en empruntant à nos signes de qualité et d’origine leur image de « terroirs ».

Les 12èmes assises ont l’ambition de nous apporter un éclairage sur ces questions ouvertes. Elles constituent aussi un temps fort de la réflexion engagée en Aquitaine autour du projet stratégique agricole régional qui vise à donner des perspectives aux agriculteurs, pour qu’ils puissent s’adapter à ces mutations et anticiper ces grands changements. »

 

Les attentes sociétales : Quelles sont-elles ?

Intervention de Gilles Allaire, socio-économiste, directeur de recherche à l’Inra : « Attentes sociétales, doctrines et normes de qualité. »

« L’expression attentes sociétales est utilisée pour désigner des demandes qualitatives renvoyant à des valeurs collectives et à la conception du bien public. » Gilles Allaire pense que ces attentes désignent une demande qui va-delà de la satisfaction individuelle.

Dans son discours, il parle également des représentations que peuvent avoir les acteurs sociaux vis-à-vis des valeurs liées à l’agriculture. Sur le plan économique, elles se traduisent par une plus ou moins grande propension à payer pour les attributs du produit ainsi que par le refus de certaines pratiques agricoles aboutissant parfois à des crises de confiance où s’y mêle des imaginaires et des cultures différentes.

Quant aux appellations d’origine, elles ne sont pas qu’une catégorie marchande, elles ont une dimension normative et font référence au patrimoine et à des valeurs collectives. Les signes officiels de qualité et d’origine sont associés au développement rural, à une régulation de l’offre ainsi qu’à la biodiversité. Ils répondent aux demandes des marchés et des modes de consommation qui s’élargissent.

Intervention de Jean Louis Lambert, socio-économiste, membre du comité d’experts du PNNS : « les représentations des origines des aliments selon la pensée magique. »

« En 1936, les Appellations d’origine ont été créées pour protéger les produits de la concurrence commerciale. Aujourd’hui, elles font référence à la géographie en tant que lieux de production.  » Pour Jean Louis Lambert, la protection commerciale s’appuie sur des éléments géographiques. L’origine géographique désigne des représentations différentes et donne des sens différents au produit. Selon cet économiste, les mangeurs ne sont pas rationnels, les effets de la nourriture étant perçus par leurs sensations et leurs émotions.

Il évoque également deux notions majeures dans son discours : la loi de contagion : « les propriétés de ce qui entre en contact avec les aliments sont transférées aux aliments » et le principe d’incorporation : « on devient ce que l’on mange. »

Suite à une enquête menée par l’ENITIAA (Ecole Nationale d’Ingénieurs des Techniques des Industries agricoles et Alimentaires), il a été constaté que l’éloignement (distance entre les lieux et les hommes) engendrait une perte de confiance dans la qualité des aliments, d’où une préférence pour le local au mondial. Selon Jean Louis Lambert, les urbains se sont éloignés de la nature, en conséquence, ils la mythifient. Ils imaginent les qualités à partir de leurs représentations sociales des systèmes de production.

Deux interventions qui confirment bien que les SIQO sont porteurs de valeurs et de sens en phase avec de nombreuses attentes individuelles ou collectives. Une piste pour orienter leur promotion sur cet axe et notamment sur leurs valeurs intrinsèques et ainsi valoriser la proximité entre le produit et consommateur.

Table ronde : La perception des filières des produits sous signes officiels de qualité et d’origine.

Répondre à ces demandes d’ordre qualitatives fait débat au sein des filières des produits sous signes officiels de qualité et d’origine. Il était donc intéressant de connaître l’opinion des professionnels.

Pierre Bastide, Vice-président de l’interprofession du veau de l’Aveyron et du Ségala :

« L’avenir des produits sous signes officiels de qualité et d’origine doit se construire avec la grande distribution. Ce partenariat est nécessaire pour le maintien d’un développement équilibré de ces filières, en leur assurant une large diffusion.  »

Marcel Saint-Cricq, président de l’association de défense de foies gras du Sud-Ouest :

« Selon, le rapport Omnibus sur l’IGP Canard à foie gras du Sud-Ouest, la région d’origine est le premier critère de choix lors de l’achat de foie gras et 8 français sur 10 associent le foie gras à cette région. Il apparait donc primordial de communiquer sur l’origine des produits sous SIQO plutôt que sur les questions environnementales. Tout ce qui va vers la qualité tend vers les attentes des consommateurs.  »

Serge Papin, président du groupe Système U :

« On assiste aujourd’hui à un patriotisme agricole où la production devient qualitative et la diversité, un élément majeur. Le label Agriculture Biologique connaît dans les GMS du groupe système U un succès fulgurant car ce sont des produits qui se veulent rassurant. L’origine aujourd’hui sert à dégager de la valeur ajoutée. On assiste au développement d’une agriculture biologique intensive qui influe sur le développement des produits.  »

En réponse aux attentes des consommateurs, les GMS disent commercialiser de plus en plus de produits sous signes d’identification de l’origine et de la qualité, et plus particulièrement les produits issus de l’agriculture biologique, qui répondent à des valeurs collectives.

Quant aux Organismes de Défense et de Gestion, ils préfèrent communiquer sur l’origine du produit qui met en avant les demandes qualitatives des consommateurs, plutôt que d’aborder spécifiquement les questions liées à l’environnement. Ces points de vue des acteurs économiques s’inscrivent en parfaite cohérence avec ceux des chercheurs et invitent chacun à coopérer pour pouvoir continuer à créer de la valeur ajoutée.

Intervention de Massimo Vittori, secrétaire général d’Origin’ sur le plan international.

Massimo Vittori a apporté un éclairage international sur les attentes sociétales des produits à Indications Géographiques. Après avoir présenté Origin, l’organisation internationale des Indications Géographiques, il a montré ces objectifs, à savoir :

  • Renforcer le cadre juridique de ces produits (OMC, OMPI, UE, national,…)
  • Soutenir la création d’un cadre juridique uniforme pour toutes les Indications Géographiques de l’Union Européenne avec le maintien des spécificités.
  • Recenser les accords bilatéraux au sein de l’Union Européenne.
  • Promouvoir les Indications Géographiques en tant qu’outil de développement durable.

Massimo Vittori a démontré que les Indications Géographiques répondaient déjà à de nombreuses attentes sociétales sur le plan international, notamment en investissant, pour continuer à garantir la qualité et à empêcher la délocalisation des produits. Pour les pays en développement, en particulier l’Afrique, l’attente prioritaire est la création et la distribution de richesses, et là aussi le partage de la valeur est un élément clef de la durabilité des systèmes. Les IG offrent un cadre structurant à ce développement. Selon, Massimo Vittori, « l’environnement est l’ADN des Indications Géographiques. »

Au niveau international, il apparait nécessaire de bien faire connaître les signes qui véhiculent le concept de qualité. Il n’est pas essentiel d’aborder spécifiquement les questions environnementales plus que les autres, puisque les IG proposent une réponse qui s’inscrit bien dans le développement durable.

Intervention de Giancarlo Scottà, rapporteur auprès du parlement européen des politiques de qualité : Présentation du rapport de la Commission Européenne.

Lors de cette intervention, Giancarlo Scottà a présenté les points essentiels du rapport qu’il a défendu devant le parlement européen. La commission européenne doit continuer à garantir la protection des produits sous signes officiels de qualité et d’origine tant au niveau local qu’au niveau international. C’est une nécessité pour les producteurs et c’est un souhait des consommateurs, de pouvoir identifier le produit.

Afin de protéger ces derniers des produits contrefaits, il est nécessaire de renforcer le rôle des consortiums.

Par ailleurs, il serait utile, sur le plan économique, de leur permettre de réguler les volumes.

Quant à la règlementation, elle doit être modifiée pour que soit reconnu le rôle des associations de défense et de gestion des produits labellisés.

Au sujet de la PAC, le député a rappelé l’importance d’approfondir la connaissance des Indications Géographiques. Le développement des produits de qualité et d’origine doit devenir le pilier de la PAC.

Ceci doit faire l’objet de moyens de promotion et de communication efficaces pour que la valorisation de ces produits assure en retour une PAC plus équitable.

Par ailleurs, la proposition du parlement européen de mettre en place un logo « qualité UE » suscite des inquiétudes. Effectivement, il peut engendrer des difficultés pour les produits provenant des pays tiers. Les produits sont étiquettés lors de la dernière étape de transformation, ce qui rend la lisibilité de la provenance du produit moins accessible auprès des consommateurs.

La commission européenne doit renforcer les moyens de promotion et de communication des produits sous signes officiels de qualité et d’origine en Europe et doit poursuivre les négociations internationales pour la protection des Indications Géographiques.

Jean Pierre Raynaud, vice-président du Conseil Régional Aquitaine, a conclu ces 12èmes Assises de l’Origine en soumettant à la discussion tous les aspects des Indications Géographiques allant de l’échelle internationale à l’échelle locale.

Il a souligné l’importance de « mondialisé » les Indications Géographiques, notamment dans les pays en développement en indiquant qu’il s’agissait bien de développement durable.

Quant à l’Union Européenne, elle doit fournir un soutien financier dans la PAC de 2013 pour les produits sous signes d’identification de l’origine et de la qualité.

Au niveau national et régional, il faut envisager une promotion et une communication plus performante sur les valeurs de développement durable des produits d’origine et de qualité, s’appuyant sur des marques fortes, indépendantes et lisibles par le consommateur.

Jean Pierre Raynaud a clôturé ces 12èmes Assises de l’Origine, en citant : « Nos racines sont la terre et nous sommes ce que nous mangeons.  »



Documents joints

Le dossier

"Concilier Innovations et Traditions"
de quoi et-il questions ?

 

 

L’intervention de Stéphane Le Foll 

Ministre de l’Agriculture,
de l’Agroalimentaire et de la Forêt
 

 

 

Manifestation organisée dans le cadre du